Qui comme Ulysse

Une suite d'evenements bizarres, dites-vous ?

26 avril 2007

Traineaux, Bingo et Chemises à carreaux [1]

Manfred_annonceEst disponible, depuis hier, l’album photo illustrant notre virée de 3 jours dans le Charlevoix. Merci encore au paternel pour cette très chouette aventure. En voici une petite description.

Elle commence en une folle journée de Saint-Patrick. Alors que nous prenons la route à bord d’une virile Ford Taurus dorée, nous ne tardons pas à apprendre à nos dépends qu’il y a toujours une tempête de neige au Québec, le jour de la Saint-Patrick. C’est comme ça.

Arrivée aux abords de Trois-Rivières, on se rend compte qu’il ne s’agit pas d’une demi-tempête. Le dieu des pochtrons, le sympatoche Saint-Patoche, s’en donne à cœur joie. La radio nous annonce même, alarmée, qu’en raison du temps le bingo de Sainte-Françoise-de-Lotbinière est annulé. Ca se corse.

Au début c’est une aubaine car en quelques journées chaudes quasiment toute la neige avait disparu, ce qui était un peu gênant pour faire du traineau à chiens. Seulement en une heure, il allait en tomber suffisamment pour relancer la saison pour un mois et faire de cette journée une date maudite pour les amateurs de bingo. La nature est parfois impitoyable.

Faisant fi de cet augure, nous poursuivons notre route. Il reste plus de 250 km, le timing est serré, le repas du soir, servi à 19h00. La circulation est de plus en plus difficile, il nous faut slalomer entre les chasse-neige mais que diable nous sommes au Québec ! Nous ne sommes pas sur le périf’ parisien où un centimètre de neige bloque 3 jours la capitale. Bon, là on est plus dans le mètre que dans le centimètre mais on avance, coûte que coûte. On s’arrête à Québec pour prendre quelques provisions et chercher en vain des bottes pour les femelles de la meute. Le périple se poursuit, pas l’autoroute. Il nous faut faire encore 150 km au Nord de Québec pour arriver à destination, la tension monte. Arrivera-t-on à temps pour ce foutu repas ? Nous suivons la route 138, direction : La Malbaie. Le paysage s’élève, les eaux glacées du Saint Laurent nous accompagnent, « Osti’d’calvaire, fait pas chaud ! » semblent-elles nous dire.

La visibilité est limitée mais le paysage dévoilé par séquence est magnifique. L’ambiance à bord de notre fière Taurus est des plus décontractées, chacun y va de son bon mot, volent les gaudrioles. Cependant, aux alentours de Saint-Ferréol-des-neiges, tandis que la lumière du jour s’éteint peu à peu, une étrange atmosphère s’installe autour de nous. La route est de plus en plus mauvaise, sinueuse, glacée. Les forêts s’assombrissent, les signes de présence humaine de plus en plus rares. L’autoradio ne répond plus. Les phares de la Taurus dessinent des ombres inquiétantes, il se trame quelque chose, chacun peut le sentir mais pas le définir.

C’est Anne-Claire qui a le mot juste : « on est entré dans un bouquin de Stephen King »… « AhAh » de répondre crispement l’assemblée. Chacun sait que crispement n’existe pas mais, dans ces moments-là, on se moque de la justesse du vocabulaire, seules les sensations comptent. La sensation qui l’emporte : « elle a raison, la bougresse ». A ce moment précis, personne n’aurait sursauté en voyant apparaitre au coin d’un virage, au sein de cette forêt d’ombres, une créature mi-homme mi-bête vêtue de sang et armée d’une tronçonneuse. C’eut été dans l’ordre des choses. Bizarrement, il n’en fut rien. C’est à une centaine de mètres de notre hôtel que nous nous enlisons. Notre objectif est là si proche, la Taurus rugit mais se rend, impuissante, les quatre roues piégées dans une neige profonde et compacte. Non sans émotion, nous abandonnons notre destrier sur le bord de la route. Nous finissons notre voyage à pieds, nous enfonçant chaque pas un peu plus.

Il est plus de 20h00, nous sommes à la porte de l’hôtel du Lac. Affamés, une peur nous tiraille encore, nous auront-ils attendus pour le repas ? Oui, les patrons sont gentils comme tout. L’homme à la barbe et aux yeux rieurs nous explique qu’ils se demandaient si nous allions réussir notre périple. La route ayant été fermée des heures à la circulation en raison de la tempête… Mais dans le doute tout avait été préparé, nous pouvons passer à table après avoir pris possession de nos chambres. Nous ne fumes pas déçus le moins du monde. Ce repas fut copieux (4 services) et admirablement bon, un vrai miracle.

L’isolement total de l’hôtel, les visages et allures très étranges de nos voisins de tables (arborant casquettes militaires, chemises à carreaux, moustaches strictes et demeurant muets) nous rappelaient que nous n’avions toujours pas quitté le roman de Stephen King mais on s’en moquait. On était biens, repus et impatients de gouter au confort douillet de nos chambrées avant de plonger dans l’aventure qui nous avait poussés jusque là, malgré le bingo maudit, malgré la tronçonneuse.

A suivre…

Posté par gottolb à 09:53 - Chronique du quotidien - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Rhâââ...je me délecte de ces fins mots, repoussant la cruelle idée d'y voir inscrit au détour d'un point, le mot "Fin".

Après la version originale de deux des interprètes de ce road (é)mouvant, voici donc la version sous titrée...

Bénis soient les "A suivre..." :-P

Posté par Sylvain, 26 avril 2007 à 15:42

Merci public fidele

Posté par g, 26 avril 2007 à 21:56

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